Ile Vierge > Témoignage : Jean-Claude Merdy, ancien adjoint à la mer de Plouguerneau

06/08/2020

Ile Vierge > Témoignage : Jean-Claude Merdy, ancien adjoint à la mer de Plouguerneau

« J’ai toujours connu les phares de l’Île Vierge : ils font partie de notre histoire et de notre patrimoine »

Natif de Lilia, Jean-Claude Merdy est une figure incontournable de Plouguerneau. Cet ancien de la Marine marchande, élu aux affaires maritimes jusqu’en 2020, raconte ses souvenirs et son Île Vierge.

« Gamins, on essayait d’aller sur l’île pour jouer ou pour chasser les nombreux lapins qui l’habitaient. Ensuite, les gardiens ont eu des moutons, on y a même vu quelques vaches ! On connaissait tous les gardiens, ils étaient au nombre de trois : deux au grand phare et un à terre. Leurs familles étaient logées au Reun, dans des maisons construites pour eux par les Ponts et chaussées, car elles n’allaient pas sur l’île ! Sauf l’été, quand certaines installaient leur tente de camping dans l’enclos du phare, afin de se rapprocher de leur mari et père durant les grandes vacances. Je me souviens que l’un des gardiens était célibataire, les deux autres avaient des enfants qui venaient à l’école de Lilia. Le ravitaillement et le passage étaient assurés par les pêcheurs et les goémoniers : il y avait des visites presque tous les jours, pour apporter un poisson, un coup à boire… Les gardiens faisaient partie de la vie de Lilia.

L’Île Vierge constitue une part importante de notre patrimoine : c’est l’entrée de l’Aber Wrac’h, et son phare alerte les marins sur les pièges de cette côte déchirée et semée d’écueils. Le premier phare a été érigé en 1845 et mis en service le 15 août pour la fête de la Vierge… Sa portée était limitée, 14 milles (26 km), ce qui était insuffisant. Dans les années 1950, il a été équipé d’une sirène de brume : elle y est toujours, mais elle ne sonne plus. C’est dommage, car ce son participait aussi au charme de notre territoire !

Le nouveau phare date de 1902, c’est le plus haut phare d’Europe et le plus grand du monde en pierre de taille : 82,50 mètres, une portée de 50 km (27 milles), 397 marches. Ce phare est impressionnant, avec des murs de pierres de 4 m d’épaisseur à la base, pierres issues en partie de la carrière de l’île, ou encore ses 900 m² de plaques d’opaline tapissant l’intérieur pour contrer l’humidité féroce. Le gardien y montait deux fois par jour. Parfois, il nous laissait grimper jusqu’à la lanterne sur bain d’huile et il nous faisait tourner avec la plateforme de la lanterne…

Aujourd’hui, on peut visiter l’île et y accéder en bateau, ou à pied lors des grandes marées. On trouve de nombreux casiers autour de l’île, ceux des plaisanciers qui pêchent le crabe ou le homard. Certains y viennent même chercher des ormeaux… L’île Vierge et ses phares conservent cette attractivité qui traverse le temps. »